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Violences sexuelles dans l’église : quelle pertinence du « Rapport Sauvé » pour la sexologie ?

André LETZEL  -  le  18 octobre 2021

Déjà avant sa publication le mardi 5 octobre 2021 il a fait parler de lui. Le président de la CIASE (Commission indépendante sur les violences sexuels dans l’église catholique), Jean Marc Sauvé, était sur les plateaux de télévision pour présenter les résultats de ce travail faramineux.

Les chiffres donnent le tournis : plus de 200’000 victimes, dont une écrasante majorité de garçons pubères et prépubères, entre 1950 et 2020. Ainsi, les violences sexuelles dans l’église catholique deviennent le deuxième lieu de violences sexuelles après le cadre intra-familial.

Les faits sont inqualifiables. Les victimes ont dû composer avec leurs traumatismes et construire une vie détruite par des religieux ou des laïcs au service de l’église. Ce qui interroge particulièrement c’est le silence, cette chape de plomb qui a banalisé et étouffé des crimes et qui a ainsi protégé davantage les auteurs et l’institution au lieu de protéger ceux et celles qui sont au cœur du message de l’évangile : les plus petits, les plus fragiles, ceux qui ont besoin d’être protégés.

Dans une première partie, intitulée « Faire la lumière », la commission présente l’état des lieux du phénomène des violences sexuelles sur mineurs et personnes vulnérables perpétrées dans l’Église catholique en France, de 1950 à nos jours.

Cette première partie s’ouvre par une évocation du vécu des personnes victimes et se clôt par la présentation et la mise en perspective des résultats auxquels la commission est parvenue. Ceux-ci donnent une estimation du nombre de victimes, alors mineures, d’agressions sexuelles commises par des prêtres, diacres, religieux ou religieuses, qui s’établit à 216 000 personnes parmi les majeurs résidant aujourd’hui en France Cette première partie s’ouvre par une évocation du vécu des personnes victimes et se clôt par la présentation et la mise en perspective des résultats auxquels la commission est parvenue. Ceux-ci donnent une estimation du nombre de victimes, alors mineures, d’agressions sexuelles commises par des prêtres, diacres, religieux ou religieuses, qui s’établit à 216 000 personnes parmi les majeurs résidant aujourd’hui en France[1]Rapport CIASE, 2021, §103-104.

Le rapport se poursuit par une seconde partie, appelée « Révéler la part d’ombre », qui établit le diagnostic porté par la commission.

Une des résultantes de l’étude est la « caractérisation de la dimension systémique du phénomène des violences sexuelles sur mineurs et personnes vulnérables perpétrées dans l’Église au cours de la période étudiée » [2]Rapport CIASE, 2021, §106.

Le rapport poursuit l’ambition de déterminer, et de faire comprendre, ce qu’il peut y avoir de spécifique au sein de l’Église catholique qui permette sinon d’expliquer, du moins de rendre compte de l’ampleur des violences commises et de la manière dont ces cas ont, ou non, été traités lorsqu’ils étaient signalés ou découverts.

A ce stade du rapport, la commission a formulé un certain nombre d’observations qui invitent l’Église à se poser, sur elle-même, certaines questions fondamentales.

Après avoir posé le diagnostic, le rapport expose dans une troisième partie intitulée « Dissiper les ténèbres », une série de recommandations destinées à éviter que les drames dont ce rapport est tissé ne se reproduisent.

En quoi ce document et les témoignages dans les annexes (« De victimes à témoins » 208 pages) pourrait-il être pertinent pour nous sexologues, mais aussi pour le personnel scolaire, les infirmières (scolaires) et aussi les prêtres, religieuses et tous ceux et celles qui sont en contact régulier avec des mineurs ?

Ce rapport fait émerger plusieurs pistes

1) Le poids du traumatisme

Le rapport de la CIASE démontre à quel point le fait traumatique d’une violence sexuelle est un cataclysme dans la vie de la victime et peut avoir des conséquences lourdes et durables et ainsi devenir un véritable handicap.

L’institution « Église », et bon nombre de ses acteurs, n’ont pas pu ou voulu tenir compte de la gravité de ces traumatismes, ce qui les a renforcés.

Inclure dans des projets de formation une approche psychologique et sexologique qui expose les mécanismes d’un traumatisme, comme l’a fait Muriel Salmona [3]Le livre noir des violences sexuelles, Muriel Salmona, Violences sexuelles, Muriel Salmona dans plusieurs de ses publications sur le trauma et la dissociation, semble une nécessité absolue.

2) La santé sexuelle, cette inconnue

La notion de santé sexuelle est inconnue (et pas que dans l’église catholique), et avec elle l’absence de la notion de victime sexuelle dans le droit canonique, témoigne d’un manque de prise en compte des textes de références de l’OMS.

La sexualité reste un sujet tabou dans la foi chrétienne et ses différentes expressions (catholiques, protestants évangéliques etc.). La notion de santé sexuelle semble inconnue. L’absence de la notion de victime de violences sexuelle dans le droit canonique démontre l’ignorance de l’importance du sujet.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : « La santé sexuelle est un état de bienêtre physique, émotionnel, mental et social en matière de sexualité, ce n’est pas seulement l’absence de maladie, de dysfonctionnement ou d’infirmité. La santé sexuelle exige une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d’avoir des expériences sexuelles agréables et sécuritaires, sans coercition, ni discrimination et ni violence. Pour atteindre et maintenir une bonne santé sexuelle, les Droits Humains et Droits sexuels de toutes les personnes doivent être respectés, protégés et réalisés ».

La première Stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030 a été lancée en 2017. Elle définit à l’horizon 2030 les grandes orientations nationales, partagées au niveau interministériel, en faveur d’une meilleure santé sexuelle[4]https://solidarites-sante.gouv.fr/prevention-en-sante/preserver-sa-sante/sante-sexuelle-et-reproductive/article/sante-sexuelle.

Ainsi il semble pertinent de proposer, en direction de tous ceux et celles en contact avec des mineurs, une formation qui introduit les bases de la notion de santé sexuelle afin de sensibiliser les différents acteurs de terrain aux enjeux du développement psycho-sexuel de l’enfant. Ces actions pourront poser les pierres pour une compréhension plus juste et un vécu épanouissant de la sexualité comme le définit l’OMS.

3) La culture du silence

Le rapport « Sauvé », à travers les nombreux témoignages, a mis en évidence une culture du silence qui a rajouté de la souffrance aux vécu traumatique des personnes victimes. Faire taire ce que les victimes mineures ont vécu devient dès lors une protection des auteurs.

Cela n’est pas uniquement valable pour l’église catholique, mais dans chaque association, institution prestigieuse, le danger est réel d’étouffer des crimes sexuels par peur de perdre une renommée.

L’article 434-3 du code pénal prévoit que « toute personne ayant eu connaissance de privations, de mauvais traitements ou d’atteintes sexuelles infligés à un mineur de 15 ans s’expose à des sanctions pénales s’il n’en informe pas les autorités judiciaires ou administratives ».

Pour aider les professionnels, le gouvernement met à la disposition plusieurs outils dont ce guide :

Agir contre la maltraitance
Guide juridique à l’usage des professionnels de l’enfance

Environ la moitié des victimes d’inceste n’en parlera jamais. Mais en même temps souvent, dès lors que les actes sont révélés, les auteurs cessent le passage à l’acte. Le secret qui est entretenu par le silence favorise l’inceste et l’inceste favorise le secret.

Le site info-trauma.org pourrait fournir un certain nombre d’informations pour approfondir le sujet.

4) Un besoin de formation à la sexualité et au développement psycho-sexuel

Le besoin de formation du personnel scolaire, des prêtres et de tout ceux et celles dans la société en général qui ont en charge des mineurs est indispensable pour mieux connaître le développement psycho-sexuel de l’enfant et pour aussi mieux repérer, signaler et ensuite mieux prendre en charge les enfants victimes.

Comme évoqué plus haut, la formation à la santé sexuelle, l’enseignement du développement psycho-sexuel de l’enfant et de l’adolescent et une sensibilisation au repérage des enfants victime de violences sexuelles devrait faire partie d’une telle formation. Une telle formation permettrait aussi de démystifier la sexualité pour une partie du clergé, ce qui nous emmène au dernier point.

Le contenu de la formation elle-même pourrait être plus ouvert aux sciences humaines, dispensé par des experts aux profils plus variés qu’actuellement, et mettre davantage l’accent sur les enjeux du développement et de l’affectivité des enfants et des jeunes, sur le droit (droit canonique, droit étatique, dont les droits de l’enfant), ainsi que sur l’importance de l’esprit critique, au regard des questions d’autorité et d’obéissance [5]Résumé du rapport de la CIASE, page 23.

5) Sortir du tabou

Notre société a un besoin criant de dé-tabouiser la sexualité humaine et par la même de réfléchir à une prise en charge des auteurs des violences sexuelles. Si on part du constat que un certain nombre d’auteurs ont été eux même victime, cela pose la question d’une défaillance de la prise en charge des victimes à un moment du parcours.

Marquée par l’expérience traumatisante de violence et de silence vécue par les personnes victimes qui se sont adressées à la commission Sauvé, dont certaines parlaient pour la première fois, et dont bon nombre étaient, pour la première fois, dûment écoutées et reconnues comme victimes, la commission a souhaité rendre compte, d’abord et avant tout, de leurs traumatismes et de leurs parcours, à la fois en se laissant instruire par leurs récits, et en rappelant ce que la littérature scientifique donne à comprendre des conséquences au long cours des agressions sexuelles subies, en particulier dans l’enfance ou l’adolescence.

Le travail effectué par la CIASE n’a pas seulement permis une prise de conscience d’une réalité souffrante, elle donne aussi des perspectives auxquelles nous sommes tous convoqués.

Références

Références
1 Rapport CIASE, 2021, §103-104
2 Rapport CIASE, 2021, §106
3 Le livre noir des violences sexuelles, Muriel Salmona, Violences sexuelles, Muriel Salmona
4 https://solidarites-sante.gouv.fr/prevention-en-sante/preserver-sa-sante/sante-sexuelle-et-reproductive/article/sante-sexuelle
5 Résumé du rapport de la CIASE, page 23

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