
Auteurs : Pierre BONDIL past-président de l’AIUS avec la contribution et le soutien de Aurélie BOURMAUD et Aurélie MAQUIGNEAU co-présidentes de l’AIUS
Suite à la semaine de santé sexuelle, l’AIUS alerte sur une priorité émergente de santé publique : la désinformation en santé qui n’épargne pas la santé sexuelle. Volontaire, elle ne peut plus être vue comme une simple erreur mais comme une réelle menace pour la société. Elle devient un outil de manipulation puissante lorsqu’elle est organisée et amplifiée. Les informations insincères sur la prévention et les traitements circulent viralement sur les réseaux sociaux, portées par les algorithmes, les influenceurs, les intérêts commerciaux ou idéologiques. Leur but est de fragiliser la confiance envers les scientifiques, les institutions et les professionnels de santé en exploitant les peurs, les croyances et la méfiance.
Ses conséquences sur les comportements de santé sont déjà concrètes : retard ou absence de soins, recours à des pratiques inefficaces ou dangereuses, altération de l’adhésion thérapeutique. En brouillant l’accès à une information fiable, elle modifie le consentement éclairé, aggrave l’anxiété, renforce la stigmatisation et creuse les iniquités. En termes de santé publique, ce n’est en rien anodin puisque les populations les plus vulnérables — maladies chroniques, cancers, handicaps, précarité, minorités — sont à la fois, les plus exposées et celles qui ont le plus besoin d’une information fiable et accessible. En 2023, l’AIUS avait déjà souligné que cela concernait près d’un(e) français(e) sur deux (1).
La santé sexuelle est plus particulièrement exposée parce qu’elle touche à l’intime, au corps, au plaisir, au couple et aux normes sociales. Elle est un terrain propice aux discours et solutions simplistes, ainsi qu’aux contenus trompeurs ou non validés. La désinformation joue ainsi sur les émotions dans des domaines variés : contraception, infections sexuellement transmissibles, fertilité, dysfonctions sexuelles, ménopause, genre, pornographie, violences sexuelles...
Point-clé, répondre à la désinformation ne consiste plus seulement à corriger des faits. Les décisions de santé ne sont pas uniquement guidées par la rationalité : elles sont aussi souvent influencées par des déterminants émotionnels — peur, espoir, honte, colère, méfiance ou besoin de reprendre le contrôle. C’est pourquoi les messages de santé sexuelle doivent être à la fois, fiables, clairs, accessibles, mais aussi empathiques, adaptés aux personnes concernées et transparents sur ce que l’on sait comme sur ce qui reste incertain.
Dans ce contexte, le rôle des sexologues et des professionnels de santé sexuelle est central : repérer les fausses croyances, ouvrir un dialogue sans jugement, expliquer les données scientifiques avec des mots simples, orienter vers des sources fiables et contribuer à une médiation scientifique fondée sur les données probantes. Pour l’AIUS, la désinformation en santé sexuelle est désormais une nouvelle priorité de santé publique. Mais, la combattre n’est pas si simple. Elle implique une réponse collective, structurée, durable et capable d’atteindre ceux qui en ont le plus besoin — les populations vulnérables. La réponse — systémique — doit associer professionnels, sociétés savantes, institutions, chercheurs, médias, acteurs éducatifs et citoyens. La sexologie — discipline inter et transdisciplinaire au croisement du biologique, du psychologique, du relationnel et du social — a une légitimité particulière. Elle défend une approche globale de la sexualité fondée à la fois sur les preuves, l’éthique, l’humanisme, les droits et la réalité vécue par les personnes et les couples. Cette expertise lui confère une place incontournable comme acteur de résilience informationnelle.
Cette dynamique, énoncée dès 2023 par l’AIUS dans sa lettre d'étonnement au ministre de la santé (2), a été réaffirmée dans l’éditorial publié dans la revue Sexologies (3) visant à garantir l’indépendance de la science.Elle doit être prolongée, structurée et amplifiée car l’enjeu est clair : défendre une information fiable, indépendante, accessible et humaine, afin que chacun puisse faire des choix éclairés pour sa santé sexuelle, sa vie intime et sa liberté.
L’AIUS est une Société Savante qui rassemble depuis 1983 tous les sexologues : universitaires, praticiens, médecins ou non médecins, enseignants et enseignés, unis par le même souci d’éthique, de pratique clinique, de recherche et de transmission d’un savoir.